La crise du Parti québécois est celle de notre action collective

En lisant l’excellent texte d’Antoine Robitaille samedi matin, « la fin de la grille Meech« , quelques phrases ont attiré mon attention. Je les ai encerclées sans trop savoir pourquoi. Puis, à la fin du cahier Perspectives, je suis tombé sur un court texte de Jean Baillargeon intitulé « Avenir du Parti Québécois; Crise de Leadership ou crise idéologique?« . Là, ça m’a frappé comme une tonne de briques… je vous partage donc ma perspective de la crise actuelle et j’espère avoir vos commentaires par la suite!!

Voici les quelques lignes :

Le politologue Marc Chevrier de l’UQÀM, voit une autre cause profonde de la crise du PQ : « Les Québécois croient de moins en moins dans les bénéfices de l’action collective » […] les individus acceptent de moins en moins de s’effacer pour défendre « la ligne » définie par le chef. D’où les démissions en cascade au PQ, motivées de 5 manières différentes au moins.  » – Antoine Robitaille, « la fin de la grille Meech »

À l’instar de l’Église catholique en plein déclin au Québec, le Parti québécois est perçu dans le grand public comme ayant une idéologie « souverainiste » d’une autre époque, qui ne correspond plus aux besoins du peuple québécois […] » – Jean Baillargeon, « Avenir du Parti Québécois; Crise de Leadership ou crise idéologique?« 

Au coeur de ces deux phrases, deux constats me viennent à l’esprit;

  1. Que ce soit un « burn-out civique », postulé par Camil Bouchard, ou les résultats de sondages d’Angus Reid, la preuve est faite;  Nous constatons tous que notre désillusion politique est profonde et émotionnelle. Nous connaissons l’ampleur des défis devant nous, nous constatons l’inaction politique et nous nous sentons tourner en rond!! Mais sommes-nous au point où nous ne croyons plus à l’action collective ? Question en suspens pour l’instant…
  2. « Les individus acceptent de moins en moins de s’effacer pour défendre « la ligne » définie par le chef » J’espère bien! Les enjeux sont pressants et on veut que ça bouge. La preuve; on l’a affirmé haut et fort en choisissant une mort honorable au Bloc, en colorant la province orange et, maintenant ? Le PQ y goûte ! M. Baillargeon avait raison; le PQ (ou le leadership souverainiste?) semble moins au diapason avec les besoins de la société québécoise depuis 95.

Mais plus je lis les analyses des 2 crises « souverainistes », plus je constate qu’elles s’atardent trop sur le malade (la cause souverainiste) et peu sur la maladie (la crise démocratique). Analysons-nous que le symptôme ? Peut-on y voir un autre phénomène qui gruge les institutions souverainistes ?

Nombreux sont ceux qui se réjouissent de l’essoufflement des 2 partis politiques, sadiquement même. Mais contrairement à la vision de Mathieu Bock-Côté (voir à 6min50 de ce clip), je ne crois pas que « le PQ arrive au terme de son cycle historique » (traduit par; sa lente mort à l’image des « vieux-bleus »).

J’ai plutôt le sentiment de voir mourir une forme d’action collective (la mobilisation de causes en un projet unique) incarnée par le PQ et le mouvement souverainiste, et l’émergence imminente d’une nouvelle forme d’action collective qui, pour l’instant, germe ailleurs…

Le Parti Québecois a incarné une nouvelle forme d’action collective

Nombreux politologues et historiens me réprimanderont de simplifier l’histoire politique des 100 dernières années de cette manière, mais permettez-moi de vous proposer un croquis rapidement dessiné et non une toile détaillée et précise.

Depuis le 19e siècle au Canada et au Québec, le libéralisme politique a sculté notre société en dressant des institutions politiques, des lois et des modèles de développement. Inspiré des libéralismes britanniques et américains, des individus éduqués et compétents dans les professions « libérales » menaient le bâteau de la modernité à travers notre société.

Leurs pensées d’émancipation économique et individuelle accompagnaient une jeune société prête à se départir d’un conservatisme (ou  traditionnalisme) social, économique et religieux. Ils incarnaient un certain projet de société « moderne », adapté aux besoins de leur temps.

Mais soyons réalistes; dans une société peu éduquée, peu développée et encore largement allaitée par l’Église catholique, « l’action collective » était l’action d’une certaine élite libérale.

Puis, dans la foulée les mouvements sociaux (mai 68, Civil rights, mouvements écolo, étudiant, féministe et pacifique) et de décolonisation (décolonialisme, anti-capitalisme), une nouvelle forme d’action collective ailleurs se propage ici. La société était déjà plus éduquée et un peu plus égale. Les moyens de communications (et l’information) étaient plus accessibles et la prise de paroles plus facile. Nos yeux « collectifs » commençaient à s’ouvrir.

Une force sociale de plus en plus organisée, le syndicalisme représentait l’émancipation du travailleur. La quête féministe avançait d’acquise en acquis. L’éducation publique et universelle ouvrait des portes inimaginables vers un savoir collectif. La mobilisation devenait une expression politique régulière.

Bref, l’action collective s’élargissait un peu plus; c’est tout un mouvement de revendications sociales et économiques (notons surtout une éducation publique, « français, langue de travail » et l’affirmation de notre culture) qui semblaient converger dans la même direction. Toute cette énergie collective s’est éventuellement retrouvée au sein du Parti Québécois et son projet de société.

Tout le long de son existence, le Parti québécois a canalisé au sein d’un projet émancipateur un large éventail d’acteurs qui partageaient les mêmes attentes. Le programme politique du PQ et sa méthode était le plus « à jour » avec son temps…

Une Institution doit s’adapter à son temps… ou mourir.

Entreprise, ministère ou parti politique, toute institution doit s’adapter à son environnement, à ses membres et aux idées du temps. Une institution incapable d’être résiliente face à ces changements risque sa pertinence et sa capacité d’agir efficament sur une société.

La crise du PQ est celle de tous les partis politiques: particulièrement à l’ère du marketing politique & du « contrôle du message », la méthode qu’ils utilisent pour mobiliser l’action collective est en déclin. Pendant que la nature de l’action collective a radicalement changé depuis l’apparition d’Internet, les partis politiques perdent de leur pertinence et tardent à adapter leurs façons d’incarner l’action collective au XXI siècle.  Je dirais même qu’ils pourraient mourir s’ils n’offrent rien de nouveau.

Garder cette idée et laissez-moi revenir un instant à mes articles du Devoir. Voici où a frappé la tonne de briques:

[Jean-Herman] Guay (USherbrooke) croit même qu’on peut voir, dans ces révoltes arabes, des exemples de mouvements contemporains sans leader unique ni structures partisanes bien définis –  Antoine Robitaille, « la fin de la grille Meech »

Si les partis politiques ont longtemps été des porte-étendards pour l’action collective, leur pertinence reste à poser dans une société encore plus informée, plus éduquée et plus connectée. La nature de l’action collective a changé:

  • La collaboration est une réelle force motrice. Les wikipedia de ce monde (et il y en a des milliers) nous démontrent qu’une masse de petites contributions peut produire des plateformes de grandes valeurs.
  • Le savoir et l’information ne se limitent plus aux élites et s’étendent au-delà des frontières.
  • Il est possible de se coordonner, de se mobiliser et d’agir sur notre société indépendamment des institutions, dont les partis.

« Neuf électeurs sur dix se disent découragés ou rebutés par les politiciens », révèle un sondage La Presse – Angus Reid!

La crise du PQ a rien à voir avec la cause souverainiste… elle est simplement le symptôme d’une société qui cherche un nouveau porte-étendard de l’action collective du XXIe siècle.

Comment le voyez-vous ??

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Un commentaire sur « La crise du #PQ est celle de notre action collective #polqc #assnat »

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